La guerre Israël-Hezbollah de 2006
Au fur et à mesure que les israéliens intensifient leurs opérations militaires au sud du Liban, il est peut-être pertinent de revenir sur la guerre de 2006, qui a opposé les deux adversaires. Le Hezbollah, qui était parvenu à chasser les israéliens du Sud-Liban quelques années plus tôt, est alors confiant dans ses capacités militaires et pense qu’il peut, en capturant des soldats israéliens, négocier la libération de plusieurs de ses combattants. Il organise donc une série d’embuscades contre Tsahal et capture plusieurs de ses hommes à la frontière.
Israël décide de répondre fermement à cet affront et envoie des troupes au sol dans le but de créer une zone-tampon sans Hezbollah au sud du Liban. Plutôt que rechercher la destruction physique du Parti chiite, il semble que l’état-major de Tsahal ait cherché à mener une guerre psychologique : faire comprendre au parti chiite que sa situation est sans espoir et instaurer un esprit défaitiste dans ses rangs. Les termes employés par le chef de l’état-major insistaient sur la nécessité d’infliger au Hezbollah une « perception cognitive de défaite » en maintenant côté israélien une « conscience de la victoire ». La guerre informationnelle serait combinée à des frappes de précision qui ne sont pas sans rappeler le « shock and awe » américain. Seulement, le nouveau chef avait pris l’habitude d’enrober ses directives dans un jargon incompréhensible inspiré de la philosophie postmoderne française (d’après le colonel Craig Dalton).
Dans l’analyse de la guerre produite par l’armée américaine, nommée « We were caught unprepared », il est fait mention de l’incompréhension totale des échelons inférieurs vis-à-vis des directives de l’état-major. C’est d’ailleurs bien normal : le moral d’un adversaire est une donnée quasiment impossible à quantifier. Il n’y a qu’à voir les analystes militaires qui parlent depuis près de 3 ans du moral de l’armée russe, le tout sans qu’aucun effet notable ne soit vraiment objectivement mesuré. Donner des objectifs militaires uniquement basés sur un concept aussi flou que le moral est souvent l’indice d’un manque d’idées flagrant, qui se traduit sur le terrain par des militaires qui ne savent pas trop ce qu’ils sont censés faire. Pour ne rien arranger, les longues années de paix avaient atrophié la discipline et le professionnalisme de Tsahal : la plupart des tankistes n’avaient pas touché à leur char depuis des années, voire étaient des recrues sans aucune expérience. 25 soldats durent être évacués précipitamment du fait de la déshydratation, car leur officier avait négligé d’emporter suffisamment d’eau. Les services de renseignement n’ayant pas fait leur travail, l’aviation gaspilla ses munitions à tirer dans le vide ou sur des civils.
Le résultat, c’est que Tsahal s’engagea tête baissée dans de multiples petits raids dans les vallées libanaises, lesquels tombèrent régulièrement dans les embuscades bien préparées du Hezbollah. 120 soldats israéliens périrent contre 150 à 250 miliciens du Parti. Devant l’absence totale de résultat et n’étant toujours pas au clair sur les objectifs, la guerre se conclut par un cessez-le-feu tacite au bout de 33 jours (et quelques limogeages).
Alors, peut-on s’attendre à des similitudes avec la guerre actuelle ? Il est toujours tentant d’établir des parallèles entre deux évènements passés, mais dans le cas présent, cela semble plus contre-productif qu’autre chose. Déjà, car une partie significative des militaires israéliens qui ont pris part à la guerre de 2006 étaient des réservistes. Il faut savoir que l’armée israélienne est composée d’un noyau d’environ 35 000 soldats professionnels, tandis que le reste est grosso modo composé de civils appelés sous les drapeaux ou effectuant leur service militaire. Ces derniers sont rarement mobilisables plus de trois à quatre mois, ce qui signifie que les opérations de grande ampleur doivent être courtes et décisives. Quand elles ne peuvent pas l’être, les faibles effectifs tendent à la faire traîner pendant un long moment.
Contrairement à ce qu’on répète souvent, l’auteur de ce thread ne pense pas que l’infanterie israélienne brille par sa qualité. De ce qui ressort de certaines vidéos de Gaza, la plupart des réservistes se feraient dévorer par le front ukrainien. Cela dit, les services de renseignements de Tsahal ainsi que son département logistique sont généralement excellents, de même que son aviation est bien entraînée par ses nombreuses missions. Elle n’est donc pas si mal adaptée aux combats qu’on attend d’elle, tout compte fait.
Pour la guerre actuelle, les israéliens ont mobilisé l’essentiel de leurs troupes professionnelles afin d’envahir le Sud-Liban : les 36e, 91e et 98e divisions ; et semblent avoir adopté des tactiques beaucoup plus agressives et « classiques ». De plus, Tsahal suit un plan bien plus méthodique d’élimination des leaders et des caches d’armes. Ses services de renseignement ont manifestement fait leur travail.
Mais le Hezbollah reste puissant. L’avenir dira si ce changement de méthodes se révèlera plus fructueux.
Julien Lazzarotto