En Ukraine, le problème systémique du recours à la « ressource humaine ».

Corruption, manque d’officiers, mobilisation violente, scandales à répétition, l’armée ukrainienne dans la tourmente du recrutement.

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La mobilisation générale et la loi martiale décrété le 24 février 2022 a permis à l’Ukraine de garder un potentiel humain sur son sol, pendant que des milliers de femmes, enfants et familles fuyaient vers l’Europe, faisant perdre à l’Ukraine plus de 7 millions d’habitants.

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Aux prémices de la mobilisation, Kiev a pu compter sur des centaines de milliers de volontaires, rejoignant l’armée ou la défense territoriale. Mais après presque 3 ans de guerre, cette armée d’environ 1 million d’hommes, dont beaucoup restaient à l’arrière, a fondu.

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Les chiffres des pertes sont secrets, mais des estimations parlent de plus de 100 000 morts des deux côtés, au minimum. Si nous rajoutons 300 000 blessés, disparus, prisonniers, cela fait une perte de 400 000 soldats. Il faut donc trouver de nouveaux hommes.

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Dans le même temps, une partie compétente et expérimenté de l’armée, celle qui avait résisté à 2014-octobre 2022 a été durement impacté par les batailles de Bakhmout et Avdiivka.

C’est autant d’hommes qui auraient pu servir d’officiers ou de formateurs…

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Pendant longtemps donc, l’armée ukrainienne s’est reposée sur des volontaires, créant même de toute pièce une trentaine de brigades en 2023 avec le matériel occidental.

Sans expérience, cohésion et avec un commandement limité, celles-ci ont été jetées dans le sud de l’Ukraine…

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Pendant deux ans, Zelensky et le gouvernement ukrainien n’ont pas souhaité mobiliser de force et abaisser l’âge de mobilisation. Cependant, c’est désormais devenu une nécessité depuis octobre 2023.  Alors que le nombre de soldats actifs de l’armée ukrainienne diminuait à cause des pertes, le gouvernement craignait de mobiliser, de force, sa population. C’est là qu’on peut soulever un problème organisationnel de l’armée ukrainienne. Sur le papier, les brigades sont complètes, en réalité, les blessures, morts, désertions ne sont pas remplacées. Cela conduit au fait que certaine brigade n’existent presque plus. En octobre 2023, la 110ème brigade mécanisée a dû envoyer les mécaniciens sur le front d’Avdiidka.

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Ainsi, il y a une forte disparité entre les brigades. Certaines, disposant d’un commandement robuste, d’officiers expérimentés et de larges dons externes (drones, équipements de protection…) et d’autres, dont les brigades d’infanterie et territoriale qui sont impréparées. Cela influe directement dans le comportement des mobilisables. Ils ne savent pas pour combien de temps ils vont se battre, on sait que des dizaines de milliers de soldats n’ont pas été relevés depuis 2022 et leurs portes de sorties sont peu nombreuses (mort, blessure…) Chaque semaine, des centaines de jeunes ukrainiens passent ainsi illégalement la frontière roumaine ou hongroise. De nombreuses vidéos attestent de la violence de la mobilisation, les hommes souvent contrôlés dans les rues, partout dans le pays.

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Cette réticence à rejoindre l’armée, c’est par incertitude et peur de la mort. L’Ukraine a surtout besoin d’infanterie pour tenir les tranchées et les villes.
La mort y est omniprésente, surtout en rejoignant des unités impréparées.

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Mais plutôt que de faire face au problème, Kiev a préféré faire reposer la question sur le manque de soutien occidental. Pour obtenir plus d’armes, elle a ainsi créé de toutes pièces plusieurs nouvelles brigades, sachant bien qu’elle ne disposait pas d’officiers pour les encadrer. 

C’est là qu’intervient le scandale de la 155ème brigade mécanisée formée en France. Rien que durant l’entrainement en France, 50 soldats ont disparu. De retour en Ukraine, elle a été dépecée, ses hommes rejoignant d’autres brigades dans le besoin.

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Plutôt que de vouloir créer de toute pièce de nouvelles brigades, sans commandement, l’armée ukrainienne devrait plutôt consolider celles qui existent.
Le format ukrainien de brigades pourrait très bien s’agrandir vers une division, avec un commandement plus efficace. Parce que la cohésion entre les brigades, c’est aussi un autre problème. Il y a, sur la ligne de front, des brigades très expérimenté qui tiennent le front et d’autres qui sont incomplètes et mentent sur leurs effectifs. Cela a conduit à plusieurs « percées » russes en 2024.

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On le sait depuis bien longtemps, mais la corruption reste un problème endémique en Ukraine, notamment dans les forces armées. Celle-ci sert à échapper à la mobilisation ou mentir sur l’Etat du front, ce à quoi s’adonnaient plusieurs commandants de brigades. 

L’armée ukrainienne est en outre enfermée dans un cauchemar bureaucratique. Les commandants de brigades ne peuvent pas gérer le recrutement eux mêmes et doivent informer leurs supérieurs de tous mouvement, ce qui fait perdre un temps précieux.  Pour le coup, l’armée ukrainienne est coincé dans le piège soviétique ou il n’est pas possible de prendre des initiatives. Une culture du mensonge et de la corruption s’est donc installée depuis 3 ans.

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Un article de @Tatarigami_UA pour comprendre plus amplement d’autres problèmes relatifs à la mobilisation en Ukraine :

Clément Molin

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