Géopolitique du football en Europe avec l'Euro 2024
Le vendredi 14 juin 2024, à 21h au sein de la majestueuse Fußball Arena de Munich en Allemagne, s’ouvre la 17ème édition du Championnat d’Europe de football voyant s’opposer le pays hôte, l’Allemagne face à la sélection écossaise. Cette compétition internationale organisée par l’UEFA (Union of European Football Associations) tous les quatre ans voit s’affronter pendant l’été les sélections européennes qualifiées en amont de la compétition. La finale, jouée cette année le 14 juillet à l’Olympiastadion de Berlin, verra la meilleure sélection de la compétition triompher sur l’Europe. La Géorgie, s’étant qualifiée à l’Euro pour la première fois de son histoire, constitue déjà pour chaque géorgien une grande victoire. A contrario, la sélection allemande (13 participations), l’Italie (11 participations et championne en titre) ou la France (10 participations dont 2 victoires) ont des ambitions bien plus grandes, voyant déjà leur nom gravé sur le trophée décerné au vainqueur. Les ambitions des sélections nationales de cet Euro sont donc bien différentes… Pour certaines nations participantes c’est aussi la possibilité de passer un message politique dans une compétition qui, par son histoire, a porté les marques des évènements géopolitiques qu’à traversé le continent européen depuis la première édition, en 1960.
L’Euro de football, géopolitique malgré lui
Le caractère géopolitique que prend la compétition est que, dès la naissance de l’Euro en 1960, en pleine Guerre Froide, les tensions sur le continent sont alors à leur paroxysme et la lutte entre le Bloc de l’Ouest et le Bloc de l’Est dans le domaine du sport (Jeux Olympiques, Coupe du Monde de la FIFA). La domination de l’Allemagne de l’Ouest dans le football à partir des années 1960 permet d’affirmer la puissance d’une des deux Allemagne sur l’autre, les affrontements entre les deux sélections – ouest-allemande et est-allemande – dans les compétitions internationales sont le moyen d’espérer devancer le voisin sur un terrain de foot.

Plus tard, l’Euro 1992, organisé en Suède, qui demeure un des meilleurs exemples afin d’expliquer les stigmates que laisse la géopolitique dans le sport du ballon rond. Ainsi, lors de cet édition, les joueurs de la sélection de l’ex-URSS – disparue l’année précédente – apparaissent sous la bannière de la CEI (Communauté des Etats Indépendants), et marque la seule compétition internationale que cette sélection ait connue au cours de sa courte existence (1992). Cette édition est aussi marquée par l’exclusion de la sélection de Yougoslavie par l’UEFA de participer à la compétition en raison de sa dislocation en vigueur depuis 1991 et les combats sur l’ancien territoire yougoslave. Une décision politique, beaucoup contestée par les yougoslaves et qui permet à la sélection danoise – future vainqueure de l’Euro – , non-qualifiée, de prendre la place de la Yougoslavie dans la compétition, qui sombre peu à peu dans la guerre.
Le caractère géopolitique de l’Euro 2024
Cette année, et pour la première fois depuis le début du conflit en Ukraine, la sélection ukrainienne va participer à une compétition internationale. C’est alors le moment pour ces joueurs de jouer et de porter les couleurs de leur drapeau, symbole de leur résistance dans cette guerre qui a meurtri le pays depuis plus de 2 ans. Aussi, beaucoup de joueurs de la sélection connaissent un proche ayant été victime de la guerre ou étant en ce moment sur le front. Alors, c’est l’occasion pour l’Ukraine d’avertir grâce à leur présence dans une compétition exclusivement européenne, des sacrifices et de la violence auxquels leur pays est confronté. On peut aussi rappeler que lors de la précédente édition de l’Euro 2020 – s’étant déroulé en 2021 dû au covid-19 – la sélection ukrainienne avait fait apparaître un motif sur leur maillot représentant les frontières de leur pays avec la Crimée inscrite dessus, voulant dénoncer l’engagement russe dans l’annexion de la Crimée mais aussi leur soutien aux républiques séparatistes du Donbass, s’étant suivie une vive polémique au sein de l’UEFA.
La présence de la sélection géorgienne aussi, sera probablement de caractère politique dans un contexte tendu dans la région de part le fait que la Géorgie aussi a été confrontée à la Russie et à des groupes séparatistes en 2008 et qu’aujourd’hui la menace russe plane sur le pays, de l’extérieur mais aussi de l’intérieur de part la loi controversée sur les agents étrangers.
Cette édition de l’Euro 2024 sera très probablement le moyen pour la Géorgie et l’Ukraine de dénoncer la menace que représente la Russie sur leur indépendance et leur intégrité territoriale.

Enfin, l’Euro 2024, que nous suivrons tous sûrement avec intérêt et passion, est aussi un bel exemple de l’influence qu’à la géopolitique, quel que soit son contexte, dans les relations sportives en Europe. Des sélections voulant dominer sportivement le continent, tandis que d’autres souhaitent simplement placer leur pays sur une carte mais aussi des pays voulant transmettre un message politique, tout cela, à travers des matchs de football.