Depuis 2017, un conflit contre des djihadistes est en cours au Mozambique.
Un conflit dont personne ne parle malgré des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Pourquoi ce silence ? Retour sur cette crise oubliéeImage
Le Mozambique, situé en Afrique de l’Est, fait face à des défis majeurs. Ce pays a obtenu son indépendance du Portugal le 25 juin 1975, mais a rapidement sombré dans une guerre civile entre le FRELIMO et le RENAMO. Ce conflit a duré jusqu’en 1992. L’opposition entre FRELIMO (marxiste-léniniste au pouvoir) et RENAMO (anti-communiste, nationaliste) a entrainé une guerre civile extrêmement sanglante avec plus d’un million de morts.

📍 La province du Cabo Delgado, la plus septentrionale du Mozambique, est au cœur d’une crise actuelle. En 2009, des gisements de rubis et, en 2010, d’énormes réserves de gaz ont été découverts, attirant l’attention des géants de l’énergie.Image

Cette province est peuplée de 1,6 millions de personnes pour une superficie de 77 000 km2. En 2024, on estime que les groupes djihadistes contrôlent 6% de ce territoire.En 2017, des militants, connus localement sous le nom d’Al-Shabab (à ne pas confondre avec le groupe somalien), ont lancé une révolte armée. Ils ont attaqué Mocimboa da Praia, intensifiant les violences jusqu’à des massacres en 2021.
Ce groupe, aussi connu sous le nom de Ansar al-Sunna compte plusieurs milliers de membres. Créé en 2008, il est depuis 2019, rattaché à l’État Islamique.

Le ressentiment envers les élites, l’absence de croissance, la pauvreté ont nourri le recrutement du groupe terroriste parmi les jeunes de Cabo Delgado. Une fracture sociale devenue explosiveImage

Face à la menace, le gouvernement a d’abord déployé des forces de police et de l’armée, mais sans succès. Finalement en 2021, le Rwanda a envoyé environ 1 000 soldats pour stabiliser la région, avec le soutien de la SADEC (Communauté de développement de l’Afrique australe) et de l’UE 

l’UE a notamment participé à la formation des soldats. Le Botswana, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe ont envoyé plusieurs centaines d’hommes.

En 2019, l’État avait aussi fait appel à des acteurs privés comme les mercenaires de Wagner, sans succès sur le terrain.Image

Trois ans plus tard, les troupes rwandaises ont réussi à réduire la puissance des djihadistes, mais la dispersion des groupes terroristes pose de nouveaux défis. La coordination entre les forces reste un problème

Les tensions persistent entre les tribus Makondés, proches du FRELIMO, et les Mwani et Makua, proches du RENAMO. La pauvreté endémique exacerbe cette crise. Selon le HCR, 709 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, et 1,7 million de Mozambicains auront besoin d’une aide humanitaire en 2024. La situation demeure critique. 

En 2021, le groupe Total Énergie a suspendu son projet gazier dans le nord du Mozambique à cause des attaques, affectant gravement l’économie locale.

Un projet immense d’un investissement estimé de 20 milliards de dollars.

En octobre 2024, lors de l’élection présidentielle du pays, ce conflit était un thème central. En plus des enjeux humanitaires et sécuritaires, la suspension du projet de Total ennuie les dirigeants, ce projet qui pourrait faire du pays un très grand producteur de gaz 

Malgré l’échec du FRELIMO, au pouvoir depuis l’indépendance, à repousser les forces djihadistes du Cabo Delgado, il continue de dominé la politique en reportant l’élection à 70%. Cependant, de nombreuses irrégularités durant l’élection ont provoqué d’importantes contestations du résultat.
La situation au Mozambique souligne l’urgence d’une réponse internationale coordonnée pour rétablir la paix et soutenir les populations touchées. La route vers la stabilité est encore longue
Cependant, très peu de médias en France ou ailleurs n’évoque cette crise, malgré la situation humanitaire et ses impacts sur la plus grande entreprise française.

Atum Mundi, avec cette nouvelle année, continue d’explorer les conflits oubliés. 

 

Thread par Baraka Banio et Alexandre Hallard

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