
Le 27 janvier 2026, l’Union européenne (UE) et l’Inde ont conclu un accord de libre-échange, mettant fin à près de vingt années de négociations entre les deux partenaires [1]. Cet accord prévoit une réduction ou une suppression progressive des droits de douane sur une large part des échanges de biens et de services, couvrant une zone commerciale réunissant près de 2 milliards de personnes et représentant une part significative du produit intérieur brut mondial [2].
L’accord vise notamment à faciliter les échanges commerciaux, stimuler les exportations de biens et services entre l’UE et l’Inde et à renforcer les liens économiques bilatéraux. D’un point de vue statistique, les échanges de biens et de services entre l’UE et l’Inde dépassaient déjà 180 milliards d’euros par an avant la signature, avec une présence importante de secteurs industriels et de services des deux côtés [3].
L’accord de libre-échange vise à approfondir l’intégration économique entre les deux parties en facilitant les échanges de biens, de services et les flux d’investissements, tout en ménageant des protections ciblées pour certains secteurs sensibles.
Il repose principalement sur une libéralisation tarifaire réciproque. L’UE s’engage à supprimer les droits de douane sur plus de 90 % des produits importés d’Inde, tandis que l’Inde prévoit des réductions significatives sur une large gamme de produits européens, notamment dans les secteurs industriels. Cette ouverture est toutefois encadrée par des mécanismes de réduction progressive et des périodes de transition destinées à accompagner l’adaptation des marchés.
Au-delà des biens, l’accord comprend des engagements visant à améliorer l’accès aux marchés des services, en particulier dans des secteurs stratégiques tels que les services financiers, les transports et les technologies de l’information, ainsi que des dispositions facilitant la mobilité de certains professionnels qualifiés[4].
L’accord intègre également des dimensions non tarifaires, notamment en matière de protection de la propriété intellectuelle, de commerce numérique et de sécurisation des investissements, reflétant l’évolution des échanges économiques contemporains[5].
Enfin, une attention particulière est portée aux enjeux de durabilité sociale et environnementale, à travers des engagements relatifs aux normes internationales du travail et des mécanismes de coopération[6]. Certaines filières sensibles, notamment agricoles, demeurent partiellement exclues de la libéralisation afin de préserver les intérêts économiques domestiques de chaque partie.
L’accord est susceptible d’influencer la croissance économique des deux parties par plusieurs canaux identifiés en économie du commerce international. Tout d’abord, la réduction ou la suppression des droits de douane sur la grande majorité des produits échangés devrait favoriser l’augmentation des flux commerciaux, en rendant les biens et services plus compétitifs et en réduisant les coûts pour les exportateurs et importateurs, ce qui pourrait soutenir la croissance du PIB à moyen terme[7].
Ensuite, l’accès élargi au marché indien pour les entreprises européennes, notamment grâce à la forte baisse des droits sur certains produits comme les automobiles, est susceptible de stimuler les ventes, les revenus et l’investissement productif dans les secteurs exportateurs.
Enfin, l’accord peut renforcer l’intégration dans les chaînes de valeur mondiale en facilitant l’accès à des composants intermédiaires moins coûteux et en améliorant la coordination entre producteurs, ce qui pourrait accroître la productivité et la compétitivité des marchés desservis. Dans l’ensemble, ces mécanismes suggèrent que l’ouverture commerciale et l’intégration économique induites par l’accord pourraient avoir un effet positif sur la croissance, sans toutefois en déterminer avec précision l’ampleur ou la direction définitive[8].
L’accord pourrait également influencer l’emploi par plusieurs mécanismes. L’augmentation des échanges commerciaux, facilitée par la réduction des droits de douane, pourrait soutenir les secteurs exportateurs européens, qui représentent actuellement environ 800 000 emplois, et stimuler certaines industries indiennes intensives en main‑d’œuvre, comme le textile.
En revanche, certains secteurs domestiques pourraient être confrontés à une concurrence accrue, nécessitant des ajustements structurels susceptibles d’impacter l’emploi [9]. Les effets de l’accord devraient également varier selon les qualifications, les secteurs et les contextes nationaux, favorisant généralement les travailleurs qualifiés dans les industries exportatrices et exposant davantage les emplois moins spécialisés aux transitions économiques.
L’accord de libre‑échange entre l’Union européenne et l’Inde s’inscrit dans un contexte conjoncturel favorable, qui pourrait renforcer son impact économique. La complémentarité des économies constitue un facteur clé. Tandis que l’UE constitue une puissance avancée spécialisée dans les biens manufacturés à forte valeur ajoutée et les services, l’Inde, quant à elle dispose d’une forte croissance, dotée d’une main‑d’œuvre abondante et d’un secteur des services dynamique. En ce sens l’accord comprend de nombreux avantages comparatifs distincts susceptibles de stimuler les échanges bilatéraux[10].
La taille et le dynamisme du marché indien, avec près de 1,5 milliard d’habitants et une population jeune, offrent un potentiel important pour les exportateurs européens, notamment dans des segments encore peu exploités. Enfin, la volonté des deux partenaires de diversifier leurs relations commerciales, dans un contexte de tensions géopolitiques renforce la pertinence stratégique de l’accord et sa capacité à ouvrir de nouvelles opportunités économiques[11].
L’accord de libre‑échange UE–Inde présente également des limites conjoncturelles susceptibles de retarder ou de modérer ses effets économiques. Tout d’abord, les délais de mise en œuvre, liés à la ratification par les autorités nationales, peuvent repousser la concrétisation des avantages commerciaux, nécessitant des ajustements anticipés de la part des entreprises[12].
Ensuite, les différences réglementaires, notamment en matière de normes techniques, sanitaires et phytosanitaires, ainsi que de commerce numérique et de propriété intellectuelle, constituent des barrières non tarifaires qui requièrent des périodes d’adaptation et des coûts de mise en conformité[13]. La capacité d’adaptation des entreprises, en particulier des PME, constitue un autre facteur limitant : celles-ci peuvent rencontrer des difficultés logistiques ou organisationnelles pour exploiter pleinement les opportunités de l’accord.
Enfin, les incertitudes macroéconomiques globales (fragilité de la croissance mondiale, tensions inflationnistes et fluctuations monétaire) peuvent également modérer les effets attendus sur les échanges et l’emploi, indépendamment des dispositions de l’accord.

L’accord semble néanmoins s’inscrire dans une dynamique plus large de transformation du commerce mondial. Face à la lenteur des négociations multilatérales au sein de l’OMC et aux tensions entre grandes économies, les accords bilatéraux et régionaux se sont multipliés au cours des dernières décennies pour sécuriser et diversifier les échanges commerciaux[14].
L’UE, déjà fortement intégrée dans les flux commerciaux internationaux et disposant d’un réseau étendu d’accords, et l’Inde, économie en expansion cherchant à diversifier ses partenaires, rapprochent ainsi deux pôles économiques stratégiques. Ces accords jouent un rôle croissant dans la réorganisation des chaînes d’approvisionnement, l’accès à de nouveaux marchés et le renforcement des relations économiques directes, venant compléter les structures multilatérales existantes[15].
L’accord UE–Inde illustre ainsi la tendance actuelle vers des architectures commerciales plus fragmentées, diversifiées et adaptatives, répondant aux incertitudes et aux défis de l’économie mondiale contemporaine. Il constitue en ce sens, une étape majeure dans les relations économiques bilatérales. Il reflète une volonté politique forte des deux parties de réduire les droits de douane, faciliter l’accès aux marchés et renforcer les échanges entre deux grands acteurs économiques mondiaux[16]. Selon les institutions européennes, il pourrait permettre à l’UE d’économiser jusqu’à 4 milliards d’euros en droits de douane pour ses exportateurs.
Cependant, l’impact réel de l’accord dépendra de plusieurs facteurs. Sa ratification par le Parlement européen, les parlements des États membres et les autorités indiennes, ainsi que la mise en œuvre concrète des dispositions, détermineront le calendrier et l’efficacité de ses mesures potentiellement d’ici 2027. La capacité des entreprises à saisir ces nouvelles opportunités, ainsi que l’évolution des conditions économiques internationales, seront également décisives.
En définitif, si l’accord UE–Inde ouvre des perspectives significatives pour le commerce et l’investissement, son succès dépendra autant de facteurs internes, tels que la ratification et l’adaptation des acteurs économiques, que de l’environnement mondial marqué par la concurrence, les tensions commerciales et les incertitudes macroéconomiques. Il illustre ainsi les opportunités et limites des accords bilatéraux dans un contexte international en mutation.

[1] Commission européenne, L’UE et l’Inde concluent un accord de libre-échange historique, 27 janvier 2026.
[2] European Commission, Factsheet – EU-India Free Trade Agreement: Main benefits.
[3] Insight EU Monitoring, EU and India conclude landmark Free Trade Agreement – Background and Fact Sheets, 27 janvier 2026.
[4] The financial express, India-EU FTA to be implemented in 2026 itself: Goyal, pact delivers ambitious market access, 28 janvier 2026.
[5] Indian Start-up News, From tariff cuts to export boost: What you should know about the historic India–EU FTA, 27 janvier 2026.
[6] NDTV Profit, India-EU Free Trade Deal Explained: What Changes, What Gets Cheaper, And Which Sectors Get A Boost, 27 janvier 2026.
[7] Les Échos, Pourquoi l’accord commercial UE-Inde suscite moins de polémiques que le Mercosur, 27 janvier 2026.
[8] Commission européenne, Principaux résultats du deuxième Conseil du commerce et des technologies UE-Inde, 28 février 2025.
[9] Reuters, India, EU reach landmark trade deal, tariffs to be slashed on most goods, 27 janvier 2026.
[10] La Gazette France, Commerce: l’Inde et l’UE concluent « l’accord de tous les accords », 27 janvier 2026.
[11] Euronews, Exclusif : l’UE s’apprête à signer un accord commercial avec l’Inde, 26 janvier 2025.
[12] Civilsdaily, Foreign Policy Watch: India – EU, 24 janvier 2026.
[13] European Council on Foreign Relations, A new world in trade: How Europeans can make the most of the India deal, 27 janvier 2026.
[14] McKinsey & Company, Beyond the headlines: How trade agreements are reshaping business, 10 décembre 2025.
[15] European Commission, EU trade relations with India. Facts, figures and latest developments, 27 janvier 2025.
[16] L’agenfi, L’Union européenne et l’Inde signent un accord commercial historique, 27 janvier 2026.
